
Dans ses projets, Camille ne cesse de rendre sa noblesse au cheveu : « Le cheveu était pour moi un vecteur de réflexion sur l’identité chez l’individu, sur la féminité, sur le sacré. Le cheveu est précieux. C’est une matière résistante et résiliente à la fois. » Elle offre ainsi une autre façon de penser l’habitat. Tout commence lors de son projet de fin d’études en master aux Beaux-Arts de Toulouse : « J’ai eu l’idée de créer une cabane en cheveux, pensée comme un refuge contre le froid et le bruit qui régnaient dans l’atelier où l’on travaillait. Je me suis alors rendu compte que la cabane, pensée comme une micro-architecture à taille humaine, isolait phoniquement et qu’elle gardait la chaleur du corps : le cheveu a également des propriétés thermiques. »


Il y a 6 ans, la jeune designeuse mettait au point un fil obtenu à partir d’un mélange de laine et de cheveu. Quand elle se lance dans l’aventure, la technique est encore méconnue des manufactures de textiles. Après des mois de recherche technique et une longue phase de démarchage, Camille Routélous collabore finalement avec la filature Superyarn, en Ariège. « Ce fut une rencontre très riche. On a accompli cette expérience ensemble. » Afin de réduire l’empreinte carbone de son travail et par souci éthique, la Tarnaise d’origine s’entoure de partenaires locaux, situés entre Albi, Castres et Toulouse, notamment pour la collecte des cheveux.


En 2022 elle perfectionne sa pratique en suivant une formation de tapisserie décoration et présente sa première collection Ao. Pensée comme un manifeste, celle-ci embrasse une dimension environnementale et écologique tout en défendant le travail artisanal et la recherche de matières innovantes pour repenser l’habité. Aujourd’hui, ses collections se déclinent dans une gamme d’assises, de paravents, de vêtements et d’accessoires. Inspirée, la créatrice résume ce qui guide les pièces qu’elle dessine et façonne à la main : « L’artisanat et le design textile me permettent d’interroger nos usages et proposer des alternatives responsables ».


Rédaction de Marion Gisquet et Photo portrait de Maïa Zniber et Yorane Obadia.
