
Designeuse transdisciplinaire, Émilie Cazin travaille à la fois sur les espaces et les objets. Elle réalise notamment des scénographies, tout en pensant les objets qui les habitent et en plaçant le vivant au centre de l’expérience. « Si l’espace est vu comme une globalité et une déambulation du corps à une plus grande échelle, l’objet, lui, est davantage considéré à l’échelle de la main. » Après une formation à l’université en Design à Toulouse et un Master aux Arts Décoratifs obtenu en Alsace, elle fut l’assistante de l’architecte et designer Frédéric Ruyant, avant de reposer ses valises dans la ville rose. Emilie Cazin a aujourd’hui trois casquettes : fondatrice de la maison d’édition de mobilier et d’objets Bleu Comète (2022), designeuse scénographe et enseignante à l’université Toulouse Jean-Jaurès. La Toulousaine d’origine a ainsi mis ses talents au service d’institutions dans le secteur muséal et culturel.


Le musée Saint-Raymond dans le quartier de la basilique Saint-Sernin lui a notamment confié la scénographie de son circuit de visite. Pour sa maison d’édition Bleu Comète, Émilie Cazinconfie la réalisation des objets qu’elle designe à des artisans régionaux. Elle tient à mettre en avant les matières naturelles et le savoir-faire ancestral d’ébénistes, céramistes, souffleurs de verre… C’est le cas de sa collection Argela, des accessoires en terre cuite pour la cuisine et la salle de bain, créée en collaboration avec la briqueterie Capelle, labellisée Entreprise du patrimoine vivant et située à 25 km au sud de Toulouse. Ses collaborations trouvent leur point d’ancrage dans un engagement fort. Son ambition est de « préserver et faire vivre le savoir-faire artisanal local » tout en revalorisant l’excellence de la fabrication française. Il s’agit finalement de « remettre les artisans au centre du processus de création ». Comme elle le rappelle : « Si le designer n’est pas entouré d’artisans, aucun objet ne peut voir le jour. Ils permettent de les faire vivre. » Un double engagement, à la fois humain et territorial.


Sa maîtrise de la matière et de l’outil de production de l’artisan, qui induisent naturellement certains types de formes, permet à la créatrice de réfléchir à l’imaginaire que cela suscitera. Elle peut alors se demander : « Dans quel univers poétique j’embarque l’usager ? ». Rien ne la ravit davantage que le détournement qui
peut être fait des objets : « Ce qui m’intéresse c’est la capacité d’appropriation du client, qui fait vivre l’objet parfois différemment de l’usage pensé au départ. » C’est ainsi qu’Émilie Cazin nous fait voyager entre matière(s) et espace, elle qui aime à résumer sa démarche comme « un design humain ancré dans l’artisanat et la production locale, poétique et sincère. » Inspirant.

Rédaction de Marion Gisquet et Photo portrait de Gersende Roland-Billecart et Gemma Schwartz-Baeta.
