
Au sud d’Albi, dans le hameau de Poulan-Pouzols, Geneviève et Julien possèdent un hangar agricole d’environ 300 m² à proximité de leur maison. Le couple souhaite le transformer en habitat partagé pour séniors et personnes à mobilité réduite. Le couple s’inscrivant dans une démarche environnementale il s’en remet à l’architecte Paul-Étienne Guillermin du cabinet AAG architectures réputé pour bien connaître les techniques de constructions rurales économes en ressources. Installé à Albi depuis 2006, le spécialiste apprécie la mise en valeur des matériaux locaux et du savoir-faire des artisans plutôt que de recourir systématiquement à des solutions industrielles limitant le rôle de l’ouvrier à celui de poseur.


Le bâtiment a peu d’atouts à offrir : toiture amiantée, murs en briques creuses grossièrement bâties, dallage trop mince et fissuré… Il a cependant le mérite d’exister dans un paysage préservé et inconstructible et par chance le PLU intercommunal autorise sa réhabilitation si toutefois on ne crée pas d’extension… Le projet se précise. Il consiste en un logement de 140 m² avec trois chambres disposant chacune d’une salle d’eau, d’un séjour couplé à un salon et d’une vaste cuisine permettant à une petite communauté de prendre les repas ensemble. Les matériaux locaux bio ou géo-sourcés ou issus du réemploi sont privilégiés autant que possible, la construction génère le moins d’impact carbone possible.



Tout va commencer par la démolition début 2024. La toiture amiantée est retirée par une entreprise spécialisée. Le sol en béton part en gravats. « Nous avons conservé les murs et la charpente métallique que nous avons dû renforcer », explique l’architecte. Une fois le bâtiment déshabillé, place au projet. Isolés par l’extérieur en laine de bois et en panneaux de liège en partie basse, le liège étant le seul matériau biosourcé insensible à l’eau, ensuite les murs extérieurs sont bardés de douglas de la montagne Noire.


Face intérieure, un enduit chaux-chanvre est projeté sur 6 cm d’épaisseur. Les cloisons quant à elles sont bâties avec des briques de terre crue fabriquées à Graulhet La bâtisse dispose ainsi d’un très bon confort hygrométrique. « On ne sent pas l’humidité. » Le projet se passe de climatisation. En revanche, il est équipé d’une VMC et de brasseurs d’air dans le salon et les chambres qui permettent de créer une légère brise bienvenue l’été. Au sol, les artisans ont d’abord réalisé une dalle en béton de chaux. Son bilan carbone est bien meilleur que le béton. Puis des terres cuites de Raujolles (Millau) ont été posées sur une chape de chaux. L’ensemble confère beaucoup de masse au niveau du sol. Dans les chambres, un parquet en pin des Landes a été préféré. Ce chantier exemplaire a pris fin en octobre 2024. Les neuf mois qu’il a duré s’expliquent par les temps de séchage des différents matériaux mis en œuvre. « Toutes les entreprises se sont régalées. Ce genre de projet change du quotidien. Les ouvriers, les apprentis étaient fiers de composer avec des matériaux naturels. Ce sont des métiers difficiles auxquels de tels projets apportent beaucoup de satisfaction. ».


