
Comment faire évoluer la construction pour être en adéquation avec l’environnement et la nature, c’est l’interrogation au centre des projets de Caroline de Pérignon. En 2015, l’architecte fonde l’Atelier 319 dans le Lauragais, territoire qu’elle affectionne particulièrement car elle y a grandi. Dans son approche, la démarche bioclimatique devient vite une évidence. En 2018, elle se lance dans un projet ambitieux qui sera plusieurs fois primé, la Maison C303. Le défi : bâtir les murs avec la terre du site, entièrement réemployée comme matériau structurant. Ce mode de construction, le « pisé », consiste à compacter la terre en plusieurs couches successives.


« Cela implique des murs plus épais. On travaille l’inertie plus que le complexe isolant, précise l’architecte. Il s’agit de viser la construction lowtech pour ne pas dépendre des énergies outrageuses et de s’adapter aux variations de températures. La pratique s’ancre dans l’air du temps en privilégiant le circuit court, l’économie en eau et la valorisation de savoir-faire artisanaux. » Cette construction vertueuse tient compte des défis climatiques et requestionne les normes environnementales actuelles. Les techniques anciennes comme le pisé peuvent ainsi être réhabilitées et constituer une solution écologique tout en demeurant éthique.


L’approche, novatrice, a demandé une longue phase de recherche et développement. « J’ai aussi beaucoup échangé avec des architectes qui travaillent ce matériau à l’étranger : en Nouvelle-Zélande, au Maroc ou encore au Canada. Au-delà de cela, il s’agit de donner du sens aux pratiques et à ce que l’on peut apporter à la société. Les architectes sont à même de proposer des solutions. » Au travers du projet C303, Caroline de Pérignon milite pour que le matériau terre revienne dans les pratiques. « Tout projet d’architecture doit interagir avec la nature environnante. Je souhaite redonner sa noblesse à la terre. »

Caroline de Pérignon s’engage dans des projets qui prennent en compte d’un côté l’environnement et la nature, et de l’autre, le rapport que nous entretenons avec nos lieux de vie. Elle a par exemple mis en application sa philosophie dans un projet d’école : « On parle aujourd’hui de psychologie environnementale et
l’école est un lieu fondamental pour nos enfants. C’est là que tout commence et qu’ils se construisent ». Si la Lauragaise est tournée vers l’avenir et l’innovation, le bâti ancien et le patrimoine nourrissent néanmoins sa façon de penser les projets. Elle inventorie petit à petit les constructions vernaculaires du territoire. « Il s’agirait de répertorier ce qui façonne le paysage : moulins, halles, pigeonniers, maisons rurales, de maître… pour que les savoir-faire anciens revoient le jour. »

Rédaction de Marion Gisquet et Photo portrait de Gersende Roland-Billecart et Gemma Schwartz-Baeta.
