
Pétrie de talents, l’originaire de Carmaux dans le Tarn n’a ni été élevée par des artistes, ni grandi dans un atelier entouré d’œuvres d’art. « Ma famille n’est pas spécialement sensible à l’art. C’est une démarche personnelle, fruit d’une curiosité pour l’art dans sa globalité. Je n’ai pas fait d’études liées à cela. Je me suis tout simplement rendue un beau jour dans un atelier sur l’apprentissage de la terre à l’Union. Une révélation. »
La sculptrice débute officiellement son activité en 2019, sous le pseudo de Barbotine Ciselet : « Je ne souhaitais pas dévoiler mon identité donc j’ai dû choisir un nom. La barbotine est un mélange de terre et d’eau qui sert à coller des pièces entre elles et le ciselet est un des instruments que l’on utilise dans le modelage. »
Pour réaliser ses personnages, l’artiste utilise de la terre chamottée. Un matériau qui lui permet une grande liberté dans le modelage et dans la conception de ses œuvres.

À Toulouse, quartier Guilhermy, l’atelier de l’artiste est à visiter toute l’année pour mieux découvrir son univers déjanté. Seulement sur rendez-vous.
« Je commence par réaliser la sculpture. Une fois le résultat attendu atteint, je demande à mon compagnon et parfois à ma fille un regard extérieur. Ils arrivent à être objectifs et à me donner des conseils constructifs sur l’aspect, la couleur ou même la forme. La critique me permet d’évoluer. » Une fois les avis de chacun pris en compte, la céramiste se met au fourneau. « Après trois à quatre semaines de séchage, je fais cuire la sculpture entre 1 000 et 1 300 degrés pendant 48 heures. J’utilise ensuite un mélange de pigment et de cire pour ajouter de la couleur. Enfin, je finis par la patine pour accentuer l’éclat des teintes. »
Si l’artiste connaît sa recette sur le bout des doigts, son talent réside essentiellement dans son imagination et son originalité. Cramponnée à son appareil photo et toujours prête à déclencher l’objectif à la vue d’un habitant au physique hors du commun, Barbotine Ciselet donne vie à ses clichés à travers ses sculptures. « Cela ne m’intéresse pas de sculpter des personnages parfaits, ce qui me touche c’est le réel. Je ne souhaite pas répondre à des standards de beauté qui m’échappent totalement. » La Toulousaine en est convaincue, la véritable beauté réside dans les défauts de chacun. « Mes œuvres, c’est la vraie vie. Asseyez-vous sur un banc et regardez autour de vous… Cela ne ressemble pas à ce qu’on voit dans les publicités. »
Si le nom de Barbotine Ciselet a vu le jour récemment, la sculptrice expose depuis plusieurs années. Colomiers, Cugnaux ou encore la Belgique, l’artiste a pu rencontrer à de maintes reprises ses clients : « Ils achètent mes œuvres car ils retrouvent les traits de leurs proches dans mes personnages, que ce soit des grands-pères ou des grands-mères. » Néanmoins, la sculptrice ne se cantonne pas au réel. En effet, si parmi ses trois collections, deux se concentrent sur des personnes à l’allure sympathique (Colorama et Quotidien), la troisième nous plonge immédiatement dans le fantastique. « La série Manimal est inspirée de livres pour enfants, où l’on retrouve fréquemment ces individus mi-homme mi-animal. Une de mes premières sculptures, Monsieur Ours, réalisée en 2017 est d’ailleurs tirée de cette collection. Il incarne le début d’une aventure, je ne la vendrais jamais ! »


« Les Tatous », série Quotidien, 2020. Short à motifs ou tatouages sur tout le corps ? Barbotine Ciselet a choisi de mettre en scène les deux à travers ces personnages aux allures de hipsters.

« L’Instit », série Colorama, 2021. Ce professeur d’école de 35 cm de haut semble garder un œil attentif sur ses élèves.

« Je cours chez le dentiste », série Colorama, 2021. Avec sa salopette et sa coupe de cheveux extravagante, ce petit garçon au regard naïf prête à sourire tant sa dentition est imparfaite.

Du haut de ses 52 cm, « Monsieur Ours » de la série Manimal tient une place inestimable dans la collection de l’artiste. Réalisé en 2017 à partir de terre chamottée noire, Barbotine Ciselet a décidé de ne pas le colorer pour garder un aspect authentique.

