
Jeune directrice artistique dans une agence de pub parisienne, Virginie Lobrot a les mains qui la démangent. « J’avais envie de faire travailler mes mains et d’être indépendante », reconnait-elle. Après 5 ans chez Publicis, Virginie Lobrot quitte Paris pour Decazeville (Aveyron) suivre un CAP Tapissier d’ameublement. Sa reconversion est enclenchée et définitive.
Après ses 9 mois de formation, plus question de vivre à Paris. La tapissière décoratrice s’installe à son compte en 1998 à Toulouse. Elle restaure et conçoit des fauteuils, décore murs et fenêtres à l’aide de tissus, rideaux, coussins, têtes de lit… Son activité connaît des hauts et des bas jusqu’en 2008. « Avec la crise, j’arrivais à peine à payer mon comptable. » Mais elle ne lâche pas.
Chaque année elle se rend au salon Maison & Objet à Paris, rendez-vous incontournable des éditeurs de meubles et de tissus du monde entier. En 2010, c’est le déclic. Depuis tout ce temps qu’elle a des idées pour créer des meubles, pourquoi ne créerait-elle pas un fauteuil ? Elle travaille dur sur ce projet. Elle y met ce en quoi elle croit : du style, du confort et du made in France. « Je voulais quelque chose de simple, de facile à vivre et de confortable. Combien de fauteuils qui n’étaient pas confortables sont passés entre mes mains ? Je ne voulais pas d’une assise trop profonde, comme celle des canapés à la mode. Ils sont très bien pour s’allonger, mais pour s’assoir c’est impossible sans empiler des coussins dans son dos. Je voulais un fauteuil qui s’adapte à la morphologie de chacun. Le dossier de mon fauteuil s’incline, ainsi le dos est maintenu. C’est un confort qui n’est pas statique. Quelle que soit sa position, on y est bien. Côté structure, je voulais du bois local, pas de bois exotique. Enfin, je voulais un fauteuil démontable, simple à expédier. Pour cela, j’ai puisé mon inspiration dans le mobilier de campagne de l’armée napoléonienne. » Virginie Lobrot travaille avec des artisans de la région : un ébéniste, une couturière, un tisseur pour les lins et un sellier pour les sangles de cuir. Les coussins sont réalisés en France sur-mesure.

C’est ainsi qu’en 2011, au salon Maison & Objet, elle présente deux prototypes sur le stand d’un ami. « Ça accrochait, les gens en parlaient. » Rassurée, elle passe à l’étape suivante. « J’ai cassé ma tirelire. » En 2012 Virginie Lobrot crée la marque Temps libre et se réserve au salon Maison & Objet un stand pour elle toute seule. Dès l’ouverture, le succès est immédiat. « C’était incroyable », se souvient-elle. Le premier client arrive pour l’export, les premières ventes s’enchainent. Ça a marché. Depuis, elle renouvelle sa présence sur les salons tous les ans. Son fauteuil s’inscrit dans une collection qu’elle fait évoluer à la demande.

Aujourd’hui l’atelier de Virginie Lobrot, quartier de la Roseraie à Toulouse, aimerait pousser les murs. « Il me demande parfois d’être un peu contorsionniste », avoue-t-elle. Son mobilier est expédié en France, en Suisse, aux États-Unis… Après lui avoir confié le mobilier de l’hôtel des 3 Poussins à Paris, l’architecte Philippe Maidenberg lui commande des fauteuils en cuir pour l’hôtel le 34 B. Une boutique de New York vend très bien sa chaise de salle à manger. En Suisse, pour meubler les chambres de l’hôtel Krone, on lui commande des fauteuils bas avec repose-pieds, des chaises de bureau, des tabourets… le tout en cuir naturel. À Toulouse, elle est distribuée chez Schmit Décoration et chez IN EX TOO (Labège et Toulouse).
« Parfois l’aventure m’a donné le vertige, confie l’artisane. Mais on y arrive toujours. Quand on fait ce qui nous plait, on a plus de chance que ça marche. »

